BATTLE OF MESSINES AND THE UNDERGROUND WAR FR

Le système de mines de Peckham

Les galeries défensives de faible profondeur et celles destinées aux wagonnets ne sont pas représentées.

 

A ce moment, seule une attaque locale de l’Infanterie aurait pu tirer profit de la mise à feu de la mine de la première galerie ; une opération de ce genre ne s’intégrait pas vraiment dans le planning général et il aurait été contre-productif de créer un cratère que l’ennemi pourrait utiliser rapidement comme point d’appui. De plus, si nous avions fait sauter cette mine, les Allemands auraient pu déduiret que nous étions engagés dans une grande offensive par mines et ils ne tarderaient pas à rechercher systématiquement nos sapes ce qui perturberait les travaux en cours et le devenir des mines déjà terminées. »

Les mines oubliées de Messines

Le 6 juin 1917 à 3 heures 10 du matin, les positions allemandes de la crète de Messines (Mesen en Néérlandais) sont ébranlée par la mise à feu de 19 énormes mines contenant au total plus de 424 tonnes d’explosifs. Au même moment, l’artillerie britannique déclenche un formidable tir de barrage au moyen de 2.266 bouches à feu alignées sur un front de 13 Km, c’est-à-dire à peu près une pièce tous les 6 mètres. Cette attaque par mines est la plus importante qui ait jamais eu lieu ; elle a écrasé la défense adverse et miné son moral. L’événement est bien connu et régulièrement rappelé. Ce qui est moins connu, c’est le fait que le nombre total des mines qui ont été posées est de 25 ; il en est donc resté 6. Or, la mine de la Petite Douve a été neutralisée par l’action d’une contre-mine allemande ; une autre charge a été perdue à Peckam à cause de l’effondrement d’une galerie et les quatre mines de la « Cage aux oiseaux » sur le flanc sud n’ont pas été utilisées lors de l’assaut initial. Toutes ces mines, totalisant plus de 82,5 tonnes d’explosifs, sont restées dormantes jusqu’à l’explosion d’une de celles de la « Cage aux oiseaux » lors d’un orage en 1955. Ce texte relate l’histoire de ces mines oubliées.

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Le débat entre les partisans et les adversaires de la stratégie que le Général (ultérieurement Field Marshall) Sir Douglas Haig a adoptée pour l’offensive britannique de la BEF (British Expeditionary Force) dans les Flandres sort du cadre de ce texte. Ce qui est certain, en revanche, c’est que la prise de la crête de Messines était un préliminaire incontournable à toute offensive dans le secteur du saillant d’Ypres. Ce relief d’altitude modeste s’étendant sur environ 13 Km depuis la colline 60 (Hill 60) au nord jusqu’à Ploegsteert au sud contrôlait les communications et les accès au saillant par le sud.

 

En juillet 1915, alors que la première des compagnies de sapeurs-tunneliers récemment constituées contrait les intrusions sous-terraines des mineurs allemands, l’idée d’une offensive par mines installées en profondeur a germé dans l’imagination fertile du Major Sir John Norton-Griffiths, le génial inventeur de la nouvelle arme sous-terraine. Le creusement d’un nombre significatif de galeries profondes était en route en décembre 1915. Un mois plus tard, lorsque le Général Sir Herbert Plummer, commandant de la Deuxième Armée, a reçu l’ordre de préparer l’offensive d’été, les moyens nécessaires à une attaque par mines sans précédent ont été rendus disponibles. Six et demie compagnies de tunneliers ont été créées immédiatement et deux autres plus tard, pour atteindre lors du pic d’activité un total d’environ 4.000 tunneliers britanniques ou originaires des Dominions ; en support, ils disposaient d’un nombre à peu près équivalent de fantassins et de sapeurs du Génie.

 

La ligne front sur la crête de Messines

Les Alliés sont à l’ouest de la ligne rouge et les Allemands à l’est.

 

A la mi-août 1916, 19 mines étaient en place. Les aléas de la guerre dans d’autres parties du front ont entraîné des retards dans l’exécution des plans de Haig, notamment les pertes sur la Somme, puis, début 1917, l’offensive du BEF sur Arras destinée à soulager les Français lors de leur offensive de printemps au Chemin des dames. Cela a obligé les tunneliers à batailler sous terre pour creuser de nouvelles galeries et pour protéger et conserver les charges qu’ils avaient déjà posées. Des 25 mines, totalisant près de 500 tonnes d’explosifs, qui avaient été posées et amorcées, 19 ont explosé le 6 juin à 3 heures 10 en seulement 29 secondes. Le formidable bruit engendré par la détonation, renforcé par celui du barrage d’artillerie a été distinctement entendu à Londres. Sur leur effet, le Général Ludendorff a écrit : « Nous aurions dû pouvoir défendre nos positions avec succès mais les très puissantes mines utilisées par les Britanniques ont préparé le terrain pour leur assaut. Le résultat de ces efficaces opérations de minage a été que l’ennemi a percé le 7 juin. L’effet des explosions sur le moral des troupes a été tout simplement stupéfiant. »

Les mines de l’offensive de la crête de Messines (7 juin 1917)

25 mines installées (542,5 tonnes d’explosifs) dont 19 ont sauté (424,5 tonnes d’explosifs).

 

Le Lieutenant-colonel Stevenson, Inspecteur des Mines de la Deuxième Armée, note dans son rapport officiel : « En préliminaire à l’offensive du 7 juin, on a procédé au tir de 19 mines. Un groupe de quatre mines supplémentaires positionnées à l’extrémité de notre aile droite n’ont pas été utilisées. Enfin, l’ennemi avait fait exploser une charge qui a coupé la communication avec notre mine placée sous la « Petite Douve » ; étant donné la situation difficile en surface et sous terre, nous n’avons pas tenté de la récupérer. » (il a omis de mentionner la mine abandonnée à Peckham). Donc, que sont devenues les 6 mines qui n’ont pas été utilisées ?

LES MINES DE PECKHAM

 

La 250ème Compagnie de Tunneliers a commencé les travaux à Peckham le 15 décembre 1915 : un puits gaîné de 20 mètres de profondeur doublé d’un puits auxiliaire a été creusé. Dès le début du percement de la galerie horizontale, l’équipe de tête a rencontré des problèmes : l’argile bleue gonflait plus vite que ce qui était généralement observé, comprimant et écrasant le boisement de soutènement. On a fabriqué et placé – non sans difficultés – un soutènement plus résistant. D’autre part, le revêtement de sol souffrait tellement que les rails de bois posés pour évacuer les déblais par wagonnets devaient être régulièrement arrachés et remplacés.

 

En mars 1916, durant une courte période, la 3ème section de la 1ère Compagnie de Tunneliers canadiens a assuré les travaux, mais très vite, la 2ème section de la 250ème Compagnie de Tunneliers a pris le relais sous le commandement énergique du Sous-Lieutenant Haydn Rees, un mineur de charbon gallois à la voix calme. Il lui fallait toute sa motivation et toute son autorité pour préserver le moral de ses hommes. Les entrées des puits ont été détruites plusieurs fois par des tirs des mortiers de tranchée. Les tunneliers ont même une fois dû renforcer la ligne de front pour repousser un assaut des Allemands, manipulant avec difficulté des fusils qui n’étaient pas leurs instruments de travail habituels. Il y avait cependant un avantage à Peckham, c’est que c’était le seul site de la crête de Messines où l’ennemi n’entreprenait aucune activité de contre-minage.

 

A la fin mai 1916, la branche “A” de la galerie a atteint 533 mètres et se trouvait sous la ferme Peckham ; un mois plus tard une charge de 39,5 tonnes d’explosifs, essentiellement de l’ammonal, a été mise en place et amorcée. Un nouvel embranchement, appelé « B » est creusé à partir de la galerie principale en direction du nord. A 113 mètres de la jonction, les tunneliers sont tombés sur un terrain impraticable ; l’extrémité de la sape s’est effondrée, provoquant l’irruption d’eau mêlée d’argile sablonneuse qui a pratiquement englouti l’équipe occupée à creuser. Comme il ne pouvait être envisagé de récupérer cette branche, elle a été abandonnée et un barrage a été mis en place.

 

Début 1917, le Commandement fait pression sur la 250ème Compagnie (sans tenir compte de son avis autorisé), pour qu’elle effectue une nouvelle tentative. Une seconde galerie, appelée « C », est donc creusée sur la droite de la branche « B » condamnée. On y installe l’éclairage électrique en détournant le câblage de mise-à-feu de la charge principale placée au bout de la galerie « A ». Cette charge est tassée en utilisant comme bourrage les déblais qui, ainsi, ne doivent pas être évacués par le puits.

 

Alors que l’installation du soutènement progressait bien, on est tombé sur un sol défavorable ; néanmoins, plusieurs chambres à explosifs ont été construites et une charge de plus de 9 tonnes a été posée sous la cible et amorcée. Tout semblait être terminé lorsque le système de pompage est tombé en panne ; la mine a été inondée et un effondrement catastrophique s’en est suivi ; le câblage de mise à feu s’est retrouvé du mauvais côté, enfoui sous une masse de boue et de sable mouillé. Pour que la charge principale soit à nouveau opérationnelle, il n’y avait qu’une solution : creuser un tunnel parallèle pour parvenir dans la galerie « A » au-delà de la partie effondrée, avec tous les problèmes que cela pose, notamment en ce qui concerne la manière de s’orienter sous terre et le respect du délai.

 

Tunneliers creusant en tête de sape dans le secteur de Messines

Les galeries étaient généralement plus basses et plus étroites que l’illustration laisse supposer.

Acknowledgement Alex Turner

Un article publié en 1936 dans le “Journal des Anciens Compagnons Tunneliers” décrit très clairement les difficultés rencontrées lors de la récupération de cette mine. Il parle ainsi de la complexité d’un repérage précis dans les tunnels : « L’auteur a découvert que la manière la plus efficace de positionner son théodolite pour effectuer des mesures sous terre était de le placer sur un petit panneau, lui-même posé sur une paire de sacs de sable ou d’argile bien aplatis reposant sur le sol compacté entre deux piliers de soutènement de la galerie. Pour déterminer un angle, il devait viser dans une première direction, ensuite enjamber le théodolite sans l’effleurer puis viser dans l’autre direction, exploit difficile à réaliser dans un espace d’environ un mètre. ».

 

Son récit se poursuit ainsi : « L’auteur a eu plusieurs fois raison de se féliciter du soin minutieux qu’il a apporté à son repérage. L’épisode le plus remarquable s’est déroulé dans une galerie accédant à une mine placée sous la ferme Peckham, en face de Wytchaete (actuellement Wijtschate). En 1916, cette galerie était opérationnelle et la charge était installée. Début 1917, le Commandement a décidé de faire creuser une bifurcation un peu au-delà du repère des 800 pieds (situé à 244 mètres du puits) afin d’atteindre une autre cible sur la gauche. La 250ème Compagnie n’était pas du tout d’accord avec cette initiative car la nouvelle galerie allait dangereusement longer un ancien cratère de mine que l’ennemi avait fait exploser un an auparavant. Si une communication s’établissait avec ce cratère, cela provoquerait certainement une inondation de la galerie qui menacerait la mine déjà installée. Néanmoins, les autorités ont considéré que la nouvelle galerie serait creusée à un profondeur suffisante pour que ce risque soit écarté et les ordres ont été donnés en ce sens. Malheureusement, les craintes des tunneliers se sont révélées bien réelles. L’éclairage électrique de la nouvelle galerie provenait d’une mine voisine. Un court-circuit entre le câblage de l’éclairage et celui de la mise-à-feu aurait entraîné une explosion prématurée de la mine ; pour éviter ce risque, les câbles de mise-à-feu ont été déconnectés à l’endroit de la bifurcation conduisant à la nouvelle galerie. Une coulée de boue a surgi brusquement à la tête de sape et les mineurs ont été contraints d’évacuer très rapidement la nouvelle galerie ; ils n’ont donc pas pu rebrancher les câbles de mise-à-feu et toute la galerie a été très vite inondée. Malgré tous les efforts faits pour la dégager, elle s’est complètement effondrée. En conséquence, le câblage de mise-à-feu d’une des plus importantes mines de la 250ème Compagnie, avec ses explosifs installés et amorcés, s’est trouvé perdu à quelques 245 mètres du puits. On a décidé d’essayer de récupérer les fils en creusant, à partir du puits, une nouvelle galerie trois mètres au-dessus de l’ancienne. Cette galerie devait rester suffisamment éloignée de l’ancienne jusqu’au point où on projetait de retrouver la ligne. Ce point devait se trouver au-delà du bourrage de la charge sinon il y aurait un risque d’inondation de la nouvelle galerie dès que la communication avec l’ancienne aurait été établie. La nouvelle galerie se détachait à angle droit de l’ancienne sur environ sept mètres pour en être assez distante. Sa direction a ensuite été déterminée pour qu’elle aboutisse à environ trois mètres à droite de l’endroit où on espérait récupérer le câblage de mise à feu. La pression exercée par l’argile était si forte que des poutres d’acier de 13 x 7,5 cm ont dû être placées sur les bords pour assurer le soutènement de la galerie ; bien qu’un tubage ininterrompu contenait l’argile, ces poutres ont plié. En outre les boussoles sont devenues inopérantes à cause du magnétisme de l’acier présent, ce qui a rendu problématique la détermination de l’orientation de la nouvelle galerie.

 

Peu de temps auparavant, le puits auxiliaire a été mis hors d’action suite à l’impact direct d’un obus de "big minnie'' ; le puits principal a lui aussi quelque peu souffert d’un choc qui a déformé son axe. Le sol et le sous-sol quelque peu bouleversés n’ont pas rendu facile le travail des géomètres qui devaient trouver le bon gisement. Néanmoins, le creusement a suivi le gisement prédéterminé jusqu’à ce que soit atteint le point de jonction calculé. Un tuyau a été enfoncé à partir de la paroi latérale de la nouvelle galerie et forcé en direction de l’ancienne. C’est probablement à ce moment que l’auteur de ces lignes a connu ses pires moments d’anxiété et on peut imaginer son soulagement lorsqu’au premier essai l’ancienne galerie a été localisée à 2 mètres de là.

 

On s’est dépêché de récupérer les câbles dans l’ancienne galerie et on les a connectés sans tarder à de nouveaux câbles passant par la nouvelle galerie. Des visages observaient anxieusement l’aiguille du testeur lorsqu’on a procédé à la première vérification de la ligne et lorsqu’elle s’est avérée répondre positivement, les signes d’un soulagement sincère et profond sont apparus. Si la mémoire des événements est fidèle, tout ce travail de récupération a été bouclé en une semaine de telle sorte que tout soit prêt pour l’offensive.

 

 

 

THE PETITE DOUVE MINE

Un puits tubé dans le secteur de Messines

Acknowledgement Alex Turner

Sur la crête de Messines, la mine de la « Petite Douve » est la seule qui a été neutralisée par une contre-mine allemande. Démarrée en mars 1916 par le 3ème Compagnie de Tunneliers canadiens, son premier puits (Q1) est situé au niveau de la tranchée 135, au nord de la rivière Douve, petit cours d’eau coulant d’ouest en est à travers le no-man’s land. Ce puits tubé, d’un diamètre de 1,67 mètre, a été difficile à creuser à cause de l’argile bleue qui constitue le sol. Le journal de campagne de la 171ème Compagnie de Tunneliers qui a remplacé les Canadiens peu de temps après, mentionne qu’à la profondeur de 25 mètres, ils ont creusé horizontalement malgré de fréquentes inondations et que le 16 août, ils avaient terminé une galerie de 267 mètres de long et installé une charge de 22,5 tonnes d’explosif, composée principalement d’ammonal, 27 mètres sous les ruines de la ferme de la « Petite Douve ». Tout l’explosif était contenu dans des bidons scellés avec de la gélinite comme accélérateur.

 

En juillet, une seconde galerie a été creusée à partir de la première en direction de la gauche ; c’était une initiative audacieuse car les tunneliers étaient ainsi sous les lignes tenues par les Allemands, à proximité de leurs tunnels défensifs. Le 28 août, le fourneau de mine ou chambre à explosifs a été installé 24 mètres sous la surface au bout de la galerie longue de 119 mètres ; le travail d’acheminement de la charge pouvait commencer. Le général Harvey décrit ainsi les évènements qui se sont déroulés ensuite : « Nous avons réussi à poser notre mine sous les bâtiments de la ferme et ensuite creusé une seconde galerie sur le côté de la première, lorsque nous avons découvert que l’ennemi travaillait si près de nous que le risque d’une rencontre sous-terraine était imminent. Deux alternatives se présentaient alors à nous : faire sauter la mine pour faire le plus de dégâts possibles ou installer un gros camouflet (ou contre-mine) afin de détruire suffisamment la galerie allemande pour qu’elle ne puisse être récupérée. A cette fin, le sol peu fiable et très humide nous facilitait les choses, l’inondation du système de galeries de l’ennemi étant prévisible.

L’offensive des mines à la « Petite Douve »

La seconde alternative a été donc préférée et, le 24 août, on a fait sauter un camouflet de 450 kilos à environ 24 mètres au-dessus de la deuxième galerie. Dans leur ouvrage intitulé « Tunnellers », Greive et Newman écrivent « Les observateurs ont aperçu de nos tranchées un grand nuage de fumée grise au-dessus des lignes ennemies à proximité de la ferme de le « Petite Douve ». Cela démontrait que le souffle de notre tir s’est propagé dans la galerie de l’ennemi. » Ils notent aussi qu’à ce moment les Allemands ont fait une incursion dans « notre galerie ». Dans « War underground », Barrie, citant un rapport de l’Armée allemande, va plus loin et affirme que les mineurs allemands sont parvenus à un fourneau de mine et qu’un officier accompagné de huit hommes y sont descendus. « Ils ont enlevé une partie du boisement et se sont retrouvés face à un énorme fourneau de mine contenant 35 tonnes d’ammonal en bidons serrés les uns contre les autres. L’officier a ordonné de commencer immédiatement à extraire et à trainer dehors ces explosifs ; il est resté sur place pour superviser le travail. L’enlèvement des lourds bidons a fini par mettre à jour les fils de mise à feu. Dans les dernières secondes de sa vie, l’officier s’est précipité pour les couper. A ce moment, le Lieutenant Peter King de le 171ème Compagnie a abaissé énergiquement le levier de la boite de mise à feu d’un second gros camouflet. L’officier allemand et ses huit hommes ont été tous tués. »

 

Cependant, on ne sait pas si les Allemands ont effectivement pu avoir accès à la charge principale située sous la ferme à l’extrémité de la première galerie (celle de droite) comme le prétend Barrie ou à la charge que nous étions occupés à installer à l’extrémité de la seconde galerie (celle de gauche). Le « Résumé hebdomadaire des activités de minage » du Grand Quartier Général concernant la semaine qui se termine le 25 août 1916 signale : « A la « Petite Douve », nous avons dû faire sauter une charge parce que l’ennemi avait pénétré dans la galerie de gauche ». En outre, le camouflet a été soigneusement tassé pour éviter tout dommage à la charge principale ; si les Allemands s’étaient trouvés dans le fourneau principal, il est probable qu’ils s’en seraient tirés avec une sérieuse frayeur au lieu d’être tués sur le coup. Quoi qu’il en soit, à la lumière des évènements qui ont suivi immédiatement, il est très peu probable qu’ils aient emporté la charge de 22,5 tonnes.

 

Les Allemands ont en effet contrattaqué le 28 août avec un gros camouflet qui a complètement détruit la galerie principale sur plus de 120 mètres et le câblage de mise à feu, qui a endommagé la galerie de moindre profondeur servant à la défense et tué quatre tunneliers. L’ennemi étant bien sus ses gardes, il a été décidé qu’il serait très dangereux de persévérer et que cela pourrait compromettre le plan général. La mine de la « Petite Douve » a donc été abandonnée et elle reste tranquillement en sommeil, de même que la charge qui a pu rester au bout de la seconde galerie.

 

Néanmoins, les galeries de la « Petite Douve » ont continué à jouer un rôle en perturbant le confort des Allemands. Grieve et Newman écrivent : « Afin d’empêcher l’ennemi de pénétrer dans nos galeries abandonnées, nous avons cessé toutes les activités de pompage et laissé les galeries se remplir d’eau. Les eaux de surface drainées depuis les tranchées étaient conduites vers le puits et percolaient ensuite à travers le sol jusqu’aux chantiers des Allemands ; certaines compagnies ennemies étaient totalement dédiées au pompage. Les tunneliers disaient avec humour « Les Allemands pompent l’eau de nos mines ! ». Dès que le niveau d’eau baissait dans le puits, on le remplissait à nouveau à partir de réservoirs spécialement installés ». Selon le « Résumé hebdomadaire des activités de minage » du GQG, cette situation s’est prolongée jusqu’au 24 février 1917 ; à cette date on peut lire le commentaire sybillin « L’ennemi a cessé de pomper ».

 

On n’a jamais laissé tomber l’idée de faire sauter la ferme de la « Petite Douve » : en novembre 1916, la 3ème Compagnie de Tunneliers canadiens a commencé à creuser une galerie à partir de la ferme « Seaforth » (tranchée 135) au sud de la « Petite Douve ». La progression a cependant été lente car, à cette profondeur, le sol était composé d’argile bleue ; celle-ci gonflait et il a fallu poser des poutres d’acier en I et un coffrage. En mai 1917, il est apparu nettement qu’il n’était pas possible d’atteindre la cible en respectant le délai fixé dans le plan général et la galerie a été abandonnée alors qu’elle avait atteint la longueur de 220 mètres à une profondeur de 36,5 mètres.

 

 

De la « Petite Douve » à Ploegsteert

LES MINES DE LA « CAGE AUX OISEAUX » A PLOEGSTEERT

 

Alors que la « Petite Douve » était presque complètement oubliée et que Peckham était passé sous silence, on a plus souvent parlé des mines abandonnées de la zone de la « Cage aux Oiseaux » située sur le côté est du bois de Ploegsteert, surtout parce que l’une d’entre elles s’est manifestée dramatiquement en explosant durant un orage en juillet 1955. Un jour de tempête, alors que le tonnerre retentissait sur le petit hameau du « Pèlerin », juste au nord de Gheer, une forte explosion s’est produite, qui a fait trembler la terre et brisé les carreaux d’un certain nombre de fenêtres. Lorsque la tempête s’est calmée, les habitants du hameau ont constaté avec frayeur qu’à quelques centaines de mètres de leurs maisons, un cratère de 76 mètres de diamètre et de 18 mètres de profondeur était apparu. Le Lieutenant-Colonel Stevenson aurait été fier de la méticulosité de ses sapeurs !

 

Le cratère du « Pèlerin » tel qu’il est apparu suite à l’explosion de la mine N° 3 durant un orage en juillet 1955.

Un heureux hasard a fait qu’aucune personne ni aucun animal se trouvait sur place à ce moment.

Copyright A. Prada.

Le secteur de la “Cage aux oiseaux” était connu pour son intense activité de sape : les résultats de l’explosion de nombreuses mines et contre-mines peuvent encore être observés sous la forme de trous et de mares à canards dispersés dans les champs entre le bois de Ploegsteert et la route allant du « Pèlerin » à Gheer. La plupart de ces charges ont été tirées à partir de galeries courtes et basses creusées dans l’argile de surface. Si on se penche sur les plans des galeries profondes destinées à la pose des grosses mines qui ont sauté juste avant l’offensive de la crête de Messines, on s’aperçoit qu’au-dessus de ces conduits existait un réseau entremêlé de galeries britanniques et allemandes situées à une profondeur de 5 à 10 mètres.

Le secteur de la « Cage aux Oiseaux », mines offensives de la Tranchée 121

La 174ème Compagnie de Tunneliers a été la première unité à travailler dans la zone ; en juin 1915, ses hommes avaient contraint à la défensive les mineurs allemands. Ceux de la 171ème Compagnie les ont relevés peu après et, en décembre 1915, un efficace complexe défensif était installé de telle sorte que le percement des galeries profondes destinées à la pose de mines offensives pouvait être entrepris. Le journal de campagne de la Compagnie rapporte que, malgré les difficultés considérables dues à la présence d’eau et de sable, le puits M 1 creusé au niveau de la tranchée 121 avait atteint la profondeur de 25 mètres en janvier 1916 et que le creusement de la galerie pouvait commencer. Après 90 mètres toutefois, des bruits ont été entendus, révélant la présence de l’ennemi au-dessus. Pour éviter d’être pris à revers, les sapeurs britanniques ont construit en silence vers la droite un embranchement à pente ascendante pour se retrouver à 18 mètres de profondeur, sous le hameau du « Pèlerin ». Mi-avril 1916, une charge de 15,5 tonnes, la charge N° 1, a été posée à cet endroit. L’installation des trois autres mines a suivi rapidement : la charge N° 2, de 14,5 tonnes, à l’extrémité de la galerie principale creusée à partir du puits M 1, la charge N° 3, de 11,8 tonnes, dans un fourneau situé juste au départ de la galerie ascendante allant vers le hameau et la charge N° 4, de 9 tonnes, au bout d’une galerie partant du puits N° 3, lui aussi creusé au niveau de la tranchée 121. Plus tard, un autre puits, le puits N° 4, a été creusé plus à l’arrière et connecté aux autres.

 

En septembre 1916, la 1ère Compagnie de Tunneliers australiens a repris la maintenance et la défense de la “Cage aux Oiseaux” ; le 9 novembre toutefois, elle a échangé ce secteur contre celui de la 3ème Compagnie de Tunneliers canadiens qui avaient enduré d’odieux et incessants combats dans le sous-sol de la Colline 60. Le journal de campagne de la 3ème Compagnie du 9 novembre mentionne le changement de cantonnement et, à propos de la mission, écrit qu’« il s’agit principalement d’écouter, de pomper et de réparer ». Cependant, épuisés ou non, les Canadiens ne semblent pas avoir perdu leur courage et leur mordant car on peut déjà lire dans le journal de campagne daté du lendemain : « Des nouveaux travaux offensifs ont commencé à la ferme « Seaforth », au niveau de la tranchée 130. » La malchance s’est cependant acharnée sur leur entreprise car le 28 novembre, la sapeur J. Bromley, ordonnance des officiers, a déserté et s’est enfui chez les Allemands, poursuivi dans le no man’s land par les rafales d’un mitrailleur qui l’avait aperçu. Durant plusieurs semaines, les tunneliers de la 2ème Armée ont retenu leur souffle, craignant que Bromley trahisse et révèle aux Allemands les travaux de sape mais, en l’occurrence, il y n’y a eu que peu de conséquences.

 

En surface, le secteur de la « Cage aux Oiseaux » était passablement animé. Le journal de campagne mentionne des bombardements et des raids fréquents, mais ces incidents n’étaient pas seulement le fait de l’ennemi :

 

« 3 avril : à la tranchée 121, une de nos batteries a tiré une salve de 30 obus qui est tombée trop court, sur notre tête de sape.»

« 18 avril : à la tranchée 121, à 9 heures 20 du soir, les sentinelles ont tiré par erreur en direction de nos sapeurs. »

« 26 avril : à la tranchée 127, nous avons un gros problème avec notre artillerie qui continue à mettre ses mortiers de tranchée en position près de l’entrée de notre puits. »

 

Sous terre, la plupart des problèmes étaient dus à l’eau et à l’argile bleue qui gonflait ; l’ennemi n’était cependant jamais loin. De nombreux rapports du poste d’écoute N° 8 font état de bruits de pas, de conversations et du son d’un avertisseur électrique provenant d’une tranchée-abri allemande. Après des mois difficiles consacrés à protéger et à dorloter les quatre charges, les mineurs ont été fort désappointés. En effet, dans le journal de campagne du 27 mai 1917, on peut lire : « Il a été décidé de ne pas faire sauter les mines de la tranchée 121 en appui à l’offensive imminente. En conséquence, les galeries ont été garnies d’entretoises pour qu’elles puissent supporter les chocs dû aux explosions des mines voisines (la plus proche était la charge de 18 tonnes de la tranchée 127). Cela permettait de garder intact le système au cas où l’offensive n’aurait pas été un succès complet. » Le Général Harvey affirme dans son rapport d’après-guerre sur les opérations de minage en France : « Le 7 juin à 0 heure, nous avions installé 23 mines prêtes à l’emploi. Quatre d’entre elles se trouvaient sous la « Cage aux Oiseaux » face à Ploegsteert qui ne faisait pas partie des objectifs de l’offensive. Ces mines n’ont pas sauté. »

 

Deux semaines après le début de l’offensive, la 3ème Compagnie de Tunneliers canadiens rapporte : « A la Tranchée 121, nous sommes toujours occupés à pomper et nous tenons en état les sapes des niveaux supérieurs. L’explosion du 7 juin à la Tranchée 122 a détruit notre puits intérieur et la plupart des sapes situées en profondeur. Cependant, le câblage de mise à feu est toujours intact et nous gardons au sec les galeries profondes en évacuant l’eau par le puits RF. Il y a peu de chances que ces charges soient utilisées. » Les résultats (entre 10 et 29 ohms) d’un test de continuité électrique montrent que les circuits des quatre mines sont toujours en état. A cette date, le système avait déjà été placé en « soin et maintenance » avec une sous-section de 10 hommes dédiée à ce travail ; on en fait souvent mention ultérieurement dans le Rapport hebdomadaire du minage de la Compagnie canadienne jusqu’au 1er septembre, date à laquelle la 177ème Compagnie de Tunneliers l’a remplacée. La dernière référence à la « Cage aux Oiseaux » peut être lue dans le journal de campagne de la 177ème Compagnie ; la voici : « La Section N° 2 est occupée à des travaux de pompage à la « Cage aux Oiseaux. » Le 25 novembre cette unité a été relevée par la 184ème Compagnie, mais il ne sera plus fait mention des mines de ce secteur. Ensuite, les 9 et 10 avril suivants, la crête de Messines et Ploegsteert sont tombés dans les mains des Allemands, lors de l’ » Opération Georgette », la seconde des grandes offensives ennemies de 1918.

 

Dans un manuscrit non publié datant de 1932, le Major H. R. Dixon, MC écrit au sujet des mines de la « Cage aux Oiseaux » : « Pour le restant de l’année 1917 et le début de 1918, nous étions en contact avec le gouvernement belge concernant la question de l’enlèvement de ces mines. Effectivement, c’est une chose bien ardue que d’installer une mine dans de l’argile bleue mais c’est encore plus difficile de récupérer la mine et sa charge des mois après, lorsque les fortes pressions existant dans ce type de sol ont détruit tout le soutènement. On est alors tombé d’accord pour faire un relevé précis de la position des puits et pour postposer l’enlèvement des explosifs à un moment où la charge de travail des Compagnies de Tunneliers serait moins importante. Des repères en béton ont été soigneusement placé, à la grande satisfaction de tous. Suite à la grande offensive allemande de 1918 en direction d’Hazebrouck, nous avons très opportunément pour nous pu dégager notre responsabilité en ce qui concerne les « jumelles » - c’est ainsi que nous les appelions – et, pour autant que je sois bien informé, ces deux bébés sont toujours sous terre et le resteront probablement. »

 

On remarque que Dixon parle des « jumelles », terme qui n’apparaît jamais dans les documents militaires ; dans le paragraphe qui précède, il écrit au sujet des « deux mines de 13,5 tonnes chacune ». On peut présumer que cette appellation est à l’origine de la déclaration souvent citée selon laquelle deux mines ont été installées et abandonnées, une erreur que l’on retrouve d’ailleurs dans l’ouvrage pourtant bien documenté de Barrie « War underground ». Une explication pourrait être celle-ci : comme il y avait deux puits et deux galeries principales, les quatre mines pourraient avoir été considérées comme deux ensembles de deux. Cependant, la puissance totale des explosifs contenus dans les quatre mines proches les unes des autres était de 50,7 tonnes et non de 27 tonnes comme Dixon le prétend et si ces mines avaient sauté, les cratères se seraient chevauchés et auraient autrement bouleversé le paysage.

 

Il semble très peu probable que deux des quatre mines aient été enlevées. Les Canadiens de la 3ème Compagnie ont constaté que la puissante mine (18 tonnes d’ammonal) de la Tranchée 122 située au nord a détruit les travaux effectués en profondeur. Il aurait fallu bien plus qu’une sous-section pour assécher les galeries et surtout pour exécuter la tâche pleine de risques de se frayer un chemin à travers les déblais. Des travaux d’une telle ampleur auraient certainement été mentionnés dans le « Résumé hebdomadaire des activités de minage » du Grand Quartier Général. La mine qui a sauté en 1955 était la mine N° 3 qui était placée quasi exactement à la jonction des galeries N° 1 et N° 2, donc sur les chemins menant aux autres mines ; il est inconcevable que des tunneliers qui auraient enlevé ces dernières, auraient laissé en place la mine N° 3.

 

On ne peut que faire des suppositions sur les causes de l’explosion de la mine N° 3 en 1955. Quand le « Groupe Durand » a exploré le fourneau de la mine « Broadmarsh » à Vimy, il a trouvé des câbles de mise à feu revêtus d’un blindage encore en excellent état et situés à faible profondeur. C’est sûrement le même type de câble qui a été utilisé à Messines et si l’un d’entre eux s’est retrouvé proche de la surface, un éclair ou l’accumulation d’électricité statique en conditions orageuses ont pu induire suffisamment de courant pour mettre à feu les détonateurs. Ultérieurement, lorsque le « Groupe Durand » a neutralisé plusieurs mines dans le secteur de Vimy, la plus grande partie de l’ammonal des charges s’est avérée être en bon état. Le fulminate de mercure des détonateurs était en voie de cristallisation, mais on ne sait pas si cela le rendait plus ou moins sensible.

 

Quelles sont les chances qu’une des mines dormantes, toujours présentes à Messines, explose de manière intempestive, comme cela a été le cas à la « Cage aux Oiseaux » en 1955 ? Des fouilles effectuées en Flandre par l’ABAF (Association des archéologues du champ de bataille des Flandres » ont montré que dans des excavations souterraines inondées, l’eau et le limon, en l’absence d’oxygène libre, agissent pratiquement comme de véritables agents conservateurs. Le bois, le métal, le cuir, et même les tissus subsistent largement dans leur état originel. Il est donc probable que les explosifs, généralement contenus dans des sacs caoutchoutés placés dans des containers métalliques scellés, sont restés en parfaite condition, de même que les détonateurs et les amorces. Pour assurer une mise à feu, une stimulation électrique par câble est cependant nécessaire. Cela implique que ce dernier soit proche de la surface. A la Petite Douve et à Peckham, le câblage a été coupé sous terre ; l’explosion de 1955 à la « Cage aux Oiseaux » devrait avoir fait voler en éclats tous les câbles menant aux autres charges. La probabilité qu’une de ces mines explose actuellement est infiniment petite, à moins que cela ne soit voulu. Il y a en outre un grand nombre de charges explosives abandonnées tout au long de la ligne de front, très peu de grosses mines offensives mais beaucoup de camouflets destinés à piéger les tunneliers ennemis. Rien que sur le crête de Vimy, il est bien connu qu’il y a au moins deux mines allemandes et probablement quatre mines britanniques à la limite nord ; d’autre part d’autres mines dont on est sans nouvelles se trouvent dans le secteur de Berthonval sous le site du Mémorial canadien. Est-ce que quelque chose pourrait faire sauter celles-là ou d’autres ? La chance est très faible mais la possibilité subsiste.

 

 

L’état des lieux aujourd’hui

La mine de « Peckham ». A l’avant-plan : le cratère creusé par l’explosion de la charge de 39,5 tonnes est actuellement un bassin de pisciculture. La charge de 9 tonnes qui a été abandonnée est située sous les bâtiments de la ferme actuelle, approximativement à l’endroit indiqué par la flèche.

La mine de la « Petite Douve » sommeille sous la ferme du même nom, à gauche de la route de Ploegsteert à Messines, environ 1 Km au sud de cette ville.

Le « Pèlerin » en 2000. Photo prise depuis la position du cratère de 1955 en direction du hameau avec le bois de Ploegsteert en arrière plan.

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ACKNOWLEDGEMENT: Article courtesy of Lt Col Phillip Robinson, friend and member of the DURAND Group.

 

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